Patrice de Mac Mahon, le maréchal président

Multiple | Quelle est la plus grande réussite du Saône-et-Loirien Patrice de Mac Mahon ? Sa carrière militaire ? Sa carrière politique ? Son passage dans le monde diplomatique ? Et si c’était pour ses inoubliables formules à l’emporte-pièce que le superbe militaire était passé à la postérité ?


La bataille de Magenta, que Mac Mahon remporte, le fait duc et maréchal de France. Illustration Château de Sully www.chateaudesully.com


C’est le 13 juillet 1808, au château de Sully, près d’Autun, que naît Patrice, comte de Mac Mahon. Sa famille est d’origine irlandaise, son grand-père Jean-Baptiste est né à Limerick en 1715 et il décédera à Spa en 1775 après avoir connu une destinée peu commune et assuré brillamment l’avenir de la dynastie. Patrice est le 16e enfant de Maurice-François de Mac Mahon et de Pélagie de Riquet de Camaran, descendante de Pierre-Paul Riquet, constructeur du canal du Midi.


Le saviez-vous ?

Né en Irlande, Jean-Baptiste Mac Mahon, le grand-père de Patrice, fait ses études de médecine à Reims puis s’établit à Autun en 1741. Sa réussite est fulgurante : appelé au chevet d’un membre de la famille de Morey, dont la fortune est considérable, il le soigne avec un dévouement tel qu’il s’attire l’affection de toute sa parenté. Il épousera la jeune veuve du défunt, Charlotte Le Belin, à qui ses beaux-frères restitueront sa dot.


En 1820, Patrice entre au Petit séminaire des marbres à Autun. Il poursuit ses études à Paris. Sorti de Saint-Cyr, il entre dans l’armée et, dès 1827, il s’illustre par sa bravoure lors de l’expédition d’Alger. Il accède au grade de général de division, mais c’est au cours de la guerre de Crimée, en 1855, pendant le siège de Sébastopol, qu’il conduit avec succès l’attaque restée fameuse sur le site fortifié de Malakoff. Le général Niel le prévenant que les Russes allaient faire sauter l’ouvrage et lui recommandant avec fermeté de faire évacuer ses troupes, le Bourguignon aurait déclaré avec superbe : « J’y suis, j’y reste ! »



Vidéo (Le récit de la bataille de Sébastopol par Franck Ferrand sur Europe 1



La prise de Malakoff Peinture d'Horace Vernet (1858).



De Magenta au maréchalat

Comblé d’honneurs dès son retour en France, ce nostalgique des aventures et des émotions fortes choisit de retourner en Algérie, avant d’aller se distinguer en 1859, en Italie. À Magenta, jouant d’audace et de chance, il pousse fougueusement ses hommes, et c’est sans en avoir reçu l’ordre qu’il remporte la victoire. Napoléon III, afin de prouver sa reconnaissance à ce vaillant militaire que le danger n’effraie jamais, lui offre le bâton de maréchal et le titre de duc de Magenta. En 1804, le Bourguignon, qui a toujours aimé l’Algérie, en est nommé gouverneur. Il y conduit cependant une action contestable et contestée avant de participer à la guerre de 1870 contre la Prusse.


Près d’Autun, le château de Sully, façade sud, aux couleurs de l’automne. Photo Château de Sully www.chateaudesully.com



En 1871, nommé à la tête de l’armée des Versaillais, il réprime la Commune dans un bain de sang. Très populaire au sein des royalistes, il est élu président de la République le 23 mai 1873 et projette aussitôt une restauration de la monarchie. Il transforme alors son château de Sully qui devient « l’Élysée de Paris ». Mais l’ère des fastes en Bourgogne sera de courte durée ; les élections sénatoriales de 1879 placent la gauche en tête, Mac Mahon ne dispose plus d’aucun soutien parlementaire et il préfère démissionner le 30 janvier 1879,

Portrait officiel du maréchal de

Mac Mahon, président de la République.



après avoir refusé de signer le décret retirant leur commandement à certains généraux. Mac Mahon reste un militaire dans l’âme : il a été blessé à quatre reprises : en 1837, lors de la prise de Constantine, en 1840, en 1857, à la bataille d’Icheriden. Sa blessure la plus grave, il l’a reçue le 1er septembre 1870, devant Sedan. De 1887 à 1893, il avait dirigé la Société de Secours aux Blessés Militaires (S.S.B.M.), qui est devenue depuis 1940 la Croix-Rouge française.

Patrice de Mac Mahon décède le 17 octobre 1893 à Montcresson, près de Montargis, au château de la Fôrêt où il avait entrepris la rédaction de ses mémoires. Le pays lui offre des funérailles nationales et Mgr Perraud prononce son éloge funèbre dans la cathédrale d’Autun. Il sera inhumé le 22 octobre aux Invalides.



Portrait officiel du maréchal de Mac Mahon, président de la République.



Champion du "bon" mot

Il ne saurait être question bien évidemment de manquer de respect à un valeureux soldat qui occupa une aussi éminente fonction au sommet de l’État. Pour autant, si le fougueux militaire qui portait beau est resté dans nos mémoires, c’est peut-être malgré lui, pour quelques formules à l’emporte-pièce qui ne manquent pas de sel. Le fameux « J’y suis, j’y reste » du 8 septembre 1855 de Malakoff brillait par sa fermeté et ne manquait pas d’un certain panache. Interrogé plus tard sur cette saillie, Patrice de Mac Mahon répondit : « Je ne crois pas avoir donné à ma pensée cette forme lapidaire : je ne fais jamais de mots ». Erreur, mon général ! S’agit-il d’une coquetterie d’auteur ? D’un désir de se protéger ?


En 1875, lors d’une visite à Saint-Cyr, on présente au maréchal et duc de Magenta « le Nègre » (en argot de l’école, le nègre désigne le major de la promotion). Mac Mahon de s’exclamer d’une voix tonitruante : « C’est vous le Nègre ? Eh bien, continuez ! »… petit souci toutefois : le nègre en question se trouvait être mulâtre… et la France entière de rire de son président. Président dont les talents d’observateur avisé émurent la nation tout entière une fois de plus lorsque, la même année, lors d’une terrible crue de la Garonne, découvrant l’ampleur de l’inondation dans les environs de Toulouse, il eut cette formule magnifique : « Que d’eau ! Que d’eau ! »


Pour autant, même si le catalogue des bons mots du 3e président de la République française est épais, même s’il est très comique, il n’est pas sans poser question. Mac Mahon est censé avoir proféré tant de balourdises qu’on peut se demander si tous les bons mots qu’on lui prête sont bien de lui et s’il n’y en a pas un certain nombre qui sont, sinon apocryphes, du moins largement arrangés en vue de faire rire. Par ailleurs, des historiens incitent à la prudence dans les jugements un peu sévères que l’on aurait tendance à porter sur Mac Mahon. Le président aurait été bien loin d’être aussi calamiteux que d’aucuns l’ont écrit.



 

Par Le Journal de Saône et Loire - 02 mai 2020 à 07:00 | mis à jour le 03 mai 2020 à 15:38

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